130km, 3600m+ 6h30
9 cols - Forclaz, Marais, Croix Fry, Merdassier, Glières et Buffy. (Oui , ca ne fait pas 9, mais les autres sont inclus dans les précédents).


Le petit déjeuner avec vue sur le littoral annonce une belle journée printanière. Pour la première fois du périple, nous croisons des cohortes de voiture et sommes bien contents d'être en vélo. Le passage à Fayence change le décor. Nous entrons dans l'arrière-pays varois où les villages suspendus se succèdent, cramponnés aux falaises. La tranquillité est de retour. Le soleil s'impose enfin.Le droit cheminÀ chaque kilomètre chaque année des vieillards au front borné indiquent aux enfants la route d'un geste de ciment armé -Jacques Prévert- |
Les forêts de chêne liège s'étendent à perte de vue, transpercées par un serpent ondulé de bitume. Rians approche et notre éternelle interrogation pointe le bout de son nez: Fromage blanc ou non ? Mes dernières forces restent là, quelque part dans le fossé, les jambes transformées en ce fameux fromage. Nous sommes si proche du but mais la sainte Victoire se cache encore. Le col de portes apparaît alors bien plus dur. Bizarrement, dès le sommet , une excitation se diffuse entre les pieds de romarin. On en viendrait presque à se mettre des mines" pour remporter l'étape mais il faut respecter les consignes du manager: l'étape à Sylvain, notre rouleur du jour. Je laisse le soin à la topologie de clore l'aventure : Sainte Victoire au col de Claps.
En ce dimanche matin encore endormi, nous délaissons ce cadre reposant et bucolique. Une longue ascension s'étend devant nous sur une bonne quinzaine de km. Les sommets enneigés se réflètent sur le lac aux eaux turquoises. De sévères pourcentages se chargent de réveiller les derniers muscles raidis par la bambée de la veille. Les bas-côtés s'épaississent de neige, si bien qu'au sommet du col de saint Barnabé apparaissent des traces de skieurs, altitude 1400m.
J'avais rêvé de photo de route blanchie, le voyage l'a fait . La descente dans la vallée suivante abaisse violemment une température déjà suffisamment basse. Nous entrons dans une glacière géante, le thermomètre frôle le zéro. Nous portons l'intégralité de nos affaires et je bénis Sylvain qui transporte sa maison sur son dos et qui m'offre des gants salvateurs. A cet instant du périple, notre instinct de survie est en alerte, un seul objectif: s'extirper au plus vite de là. Nous changeons de parcours, et cherchons un PMU que nous ne trouverons jamais dans ce désert humain. 20km sans croiser une seule voiture. L'escalade du col de Bleine nous sort de ce calvaire et Gréoulière nous offre l'hospitalité. Nous assistons alors à une scène de théâtre provençal sur la place au platane. 3 personnes attablées en cette heure d'apéritif que viendront grossir l'artisan, le vieux et son chien, la dame tirée aux quatre épingles. Tout le monde se connait dans ce patelin.
Des heures ainsi à coller des post-it, à tracer, calculer, affiner la ligne, la vraie, celle qui nous guidera, celle qui nous ressemble. Se mélangent les points sublimes, les cols, les villages, les lignes de crêtes, les lacets, les gorges, et les étapes. Un savant cocktail qui ne manquera toutefois de surprise et d'enchantement.
Nous étions venus aussi pour rechercher cette belle place du village cernée de platanes, de troquets et de Marius, César et Fanny. Rien d'original car c'est comme ça partout. Le ventre rempli, nous nous élevons sur le lac de Sainte-Croix. D'ordinaire frénétique, c'est dans la quiétude que nous le longeons. De rares bateaux naviguent les gorges du Verdon. Le pays de la verticalité se dresse devant nous, des semblants d'Edlinger gravissent les parois tandis qu'en bas, la rivière serpentent, si petite.
En cette journée perturbée par la météo, il nous a fallu jongler avec les éléments. La marche d'approche nous conduit sur les hauteurs de la calanque de Sugiton, sous les yeux du cap Morgiou allongé tel un dragon. Un petit peu de jardinage puis l'itinéraire se hisse dans le raide vallon du Candellon. L'arête des marseillais se dresse devant nous, la classique rendue célèbre par Gaston Rebuffat. Encore une fois, brouillard, vent, altitude et pluie peignent un tableau plutôt inquiétant.
La météo incertaine nous pousse au fond des calanques via les Goudes et Callelongue. Une route du bout du monde débouche sur quelques cabanons et un port balayé par les vents. Nous remontons en direction du Rocher de Saint Michel d'eau douce. Un magnifique cirque qui s'ouvre sur la mer. La falaise sombre, massive et verticale impose l'atmosphère, bien aidée en ça par les masses de nuages qui barrent le ciel.
Aujourd'hui, il faudra gérer la grimpe, les techniques de corde, le vide et ses émotions. Olivier se préoccupe vraiment de ses ouailles. Ses gestes et ses paroles sont rassurants. Il entame l'aventure pour une longueur qui ne sera même pas un échauffement pour lui. D'ailleurs, les chaussons resteront dans le sac. La 2ème longueur est gravie par Elie sans peur. La 3e sera source d'émotion sur une petite traversée. Le vide sous nos pieds ne fera qu'en rajouter. Ainsi va l'apprentissage de la grande voie. Au dessus de nos têtes résonnent les cris stridents de ce couple de faucon crécerelle. Sans le savoir, nous venons d'enjamber leur nid. Cette voie sera d'ailleurs fermée dès notre retour par la police de l'environnement. La dernière longueur propose deux passages plus physiques. Je suis rassuré en m'asseyant sur la terrasse sommitale. L'atmosphère se détend, la météo se radoucit. La tension mentale s'évapore avec les nuages. Me voila les deux pieds sur terre.